jeudi 22 juillet 2010

Naked New-York


Ah, Times Square ! Il y aurait tant à dire sur ce carrefour du monde, qui clignote comme dix mille sapins de Noel. J'y reviendrai dans une prochaine chronique, mais aujourd'hui, place à l'actualité. Un drame se noue sur Brodway : le Naked Cowboy est en danger !!!!
Alors pour mémoire, le Naked Cowboy, Robert Burck pour l'état civil, fait le show à Times Square depuis 2001, guitare en bandoulière et vêtu seulement d'un caleçon, de bottes et d'un chapeau de cowboy. Je ne l'avais pas vu en 2007 lors de mon premier séjour ici. Je ne l'ai toujours pas vu malgré deux passages à Times Square depuis mon arrivée. En tout cas pas en vrai (photo jointe sur ce blog signée Jacques Baudrier) ; mais dans les journaux, oui.
Car le poor lonesome cowboy n'est plus lonesome sur la place, figurez-vous. Depuis 2008, une actrice assez âgée pour être sa mère, Sandy Kane, lui fait des misères : en culotte et soutien-gorge étoilés, elle aussi en bottes et chapeau, elle aussi avec la guitare en bandoulière, elle s'est déclarée " Naked Cowgirl" et lui pique son boulot.
Le cowboy, qui a aussi le sens du business (il a déposé la marque et le costume en 2000), a donc décidé d'attaquer sa rivale en justice pour la forcer à aller se rhabiller. Mercredi et jeudi, le Daily news, le New York Post ou même le très sérieux Wall street journal en parlaient, comme des tas d'autres publications dans tous les Etats-Unis et au Canada.
Robert Burck, qui apparemment entend cultiver une image proprette et bon enfant, reproche à Sandy Kane de ruiner sa réputation : pendant qu'il salue les passants et leur serre la main avec un grand sourire, elle fait des doigts d'honneur pour les photos. Oh !!!! Et comme elle a des portraits de lui sur sa guitare et prétend avoir enregistré un duo avec lui selon le NY Post, il n'est pas d'accord. Pas d'accord du tout.
Surtout qu'elle n'a pas voulu signer la franchise qu'il lui proposait, comme l'ont déjà fait de nombreux apprentis naked cowboys et cowgirls, qui défendent fièrement les valeurs de leur maître et assurent sa retraite au passage.
Cette fois-ci, la guerre est déclarée, la lutte se poursuivra devant les tribunaux...

PS : si toi aussi tu veux devenir officiellement Naked Cowboy ou Naked Cowgirl, va sur le site de Robert Burck ! (Lien dans la colonne de gauche, rubrique "Deux ou trois petites choses")

Sounds of New-York # 2

Et les pompiers, sirène hurlante et klaxon en folie, fonçaient vers leur destinée...

Sounds of New-York # 1



New-York ne fait pas le même bruit que les autres villes. Petit florilège qui commence aujourd'hui, avec le métro, bien sûr.
Mon ami Jacques m'a fait remarquer que ces deux notes caractéristiques qui accompagnent la fermeture des portes sonnent comme du Gershwin. Un peu capillotracté, mais c'est pas faux : il y a du "Summertime" là-dedans !

PS : si vous n'arrivez pas à lire la vidéo, laissez un commentaire. Enfin, vous pouvez laisser un commentaire même si vous arrivez à la lire...

lundi 19 juillet 2010

Hot and cold

















New York en été est l'endroit idéal pour attraper une bronchopneumonie. De prime abord, le constat n'est pas évident, lorsqu'on sait qu'en ce moment, la température extérieure oscille entre 85 et 95 degrés. Fahrenheit, bien sûr. Enfin bon, la précision n'a pas beaucoup d'importance en fait, parce que dès qu'on descend dans une bouche de métro, on est très vite persuadé qu'il s'agit bien de degrés Celsius. Bienvenue en enfer... Avec une humidité ambiante oscillant entre 60 et 3000 %, on a un peu l'impression de passer sa journée dans un hammam. Ici, tout poisse, tout colle : les vêtements, la peau, les cheveux, les dollars ; même l'herbe de Central Park se tatoue sur votre corps si vous avez l'idée saugrenue de vous y étendre à la recherche d'une hypothétique fraîcheur.
La fraîcheur n'existe tout simplement pas à New York en été. Soit vous suez à grosses gouttes, soit vous gelez sur place à cause de l'air conditionné.
Car si la ville brûle jusque dans ses entrailles, ses habitants ont organisé la résistance à l'échelle américaine, pour tenir jusqu'à l'automne. Dès que vous poussez une porte, n'importe laquelle, la froidure vous saisit. La pellicule de transpiration qui vous recouvre uniformément se fige, votre tee-shirt trempé subit un phénomène de réfrigération spontanée et vous avez l'impression qu'on vous passe un bac à glaçons sur la nuque.
Les pires portes à pousser restent celles des rames de métro. Relativement vétustes dans l'ensemble - il pleut dedans quand il pleut dehors - ces dernières ont toutes un point commun : on pourrait y conserver sans difficulté les courses de la semaine. Le beurre sur la ligne D, la viande sur la B et le fromage sur la E...
Malheureusement à New York, le métro est indispensable pour se déplacer. Des quais de l'enfer aux rames de l'Antarctique, plusieurs fois par jour, la boucle est bouclée. Vous la tenez, votre bronchopneumonie. En ce qui me concerne, après une semaine, je commence à tousser salement et à me faire des amis au Duane Reade, le magasin "drugstore-pharmacy" à deux rues de chez moi. Il y a un rayon entier réservé aux sirops et cachets contre la toux, un pur bonheur.
Pour finir sur un clin d'oeil, je pense à toutes les fois où j'ai ronchonné au supermarché quand je passais en frissonnant devant les étals de yaourts et de viandes. Foutaises. Au Fairway, sorte d'hypermarché discount géant, tous les produits frais sont conservés dans la "cold room". A l'entrée, il y a des parkas en libre-service ; parce que de l'autre côté du panneau, il fait 34 degrés F, soit environ 1 degré C...
Un point de plus pour la bronchopneumonie.

dimanche 18 juillet 2010

What a wonderful world

















Pour cette nouvelle chronique qui arrive après quelques jours de pause, je voulais parler des conditions météo new-yorkaises extrêmes qui m'ont fortement ramolli le corps et l'esprit depuis 72 heures. Mais finalement, on fera ça un autre jour. Aujourd'hui, j'ai envie de la jouer touriste en balade et de vous emmener dans quelques boutiques hallucinantes de Manhattan.
Je suis restée bouche bée devant le M&N's store de Times Square, avec un M&N's vert géant déguisé en statue de la liberté à l'entrée, des murs couverts de distributeurs de M&M's, des serviettes de plage M&M's et des jeux d'échecs M&M's. J'ai repéré, toujours à Times Square, un Toy's R Us avec une grande roue à l'intérieur. Attention, je vous parle d'une vraie grande roue, avec des vrais gens qui montent dedans ; à l'INTERIEUR du magasin...

Mais pour l'instant, le concept le plus improbable que j'ai croisé reste, à mes yeux, "American girl". Il existe trois grands magasins de ce genre aux Etats-Unis : à Chicago, à Los Angeles et à New-York, plus quelques succursales de-ci, de-là. C'est une boutique de poupées. Ou plutôt, LA boutique de poupées, qui fait la joie des petites Américaines et le désespoir de leurs parents. Rapport à leur portefeuille.
Pour commencer, votre enfant adorée - il faut bien admettre que les garçons n'existent pas dans ce monde rose bonbon - choisit sa poupée. Il existe plusieurs modèles, avec des couleurs de cheveux, d'yeux, de peau différentes. Personnellement, je les trouve toutes identiquement moches, voire un peu effrayantes. Une fois choisie Ruthie, Rebecca ou Julie (il y en a toute une flopée) et déjà délesté(e) de 95 dollars, vous laisserez votre fille décider si "sa" créature fera de la musique ou du sport (acheter le matériel en conséquence), aura ou non un animal domestique (idem)et portera plutôt des jeans ou des robes à fleurs. La plupart des vêtements existent généralement en taille poupée ET en taille enfant. Chic, les dollars continuent à défiler.
Le must des services se situe dans les étages ( 3 ou 4 en tout, je ne sais plus). Là, on trouve un hôpital pour poupées, dont le fonctionnement m'a échappé, je l'avoue. J'ignore si les soins pour American girl (lesquels ?) sont payants, dans ce pays où la santé se monnaie au prix fort.
En revanche, juste à côté, le salon de coiffure affiche clairement ses tarifs : 20 $ en moyenne pour une séance. Eh oui, ici, il y a des dames dont le métier est coiffeuse de poupées American girl. Elles ont des mini-sièges devant elles, où elles asseoient leurs clientes en plastique avec soin et où elles tressent, lissent, bouclent, chignonnent, enrubannent les cheveux synthétiques avec un serieux exemplaire, sous l'oeil inquisiteur des petites mamans qui ont passé la commande.
A ce stade, le budget est explosé, vous pouvez encore vous délester de 25 $ dans une photo souvenir mettant en scène votre choupinette et sa saleté de poupée. En priant pour qu'elle ne flashe pas dès la semaine prochaine sur la maison de Barbie grandeur nature de Toy's R Us.

Franchement, quitte à choisir, je préfère le plus modeste " Build-a-bear", à un bloc de là. Sur (seulement) deux étages, ce magasin laisse l'enfant choisir sa peau de peluche parmi un assortiment qui va du traditionnel nounours au dinosaure. Puis il faut sélectionner un coeur sonore, avec un message pré-enregistré ou à enregistrer soi-même. L'étape suivante est plus cruelle, je vous l'accorde : le pauvre Teddy bear est empalé prestement sur une machine à bourrer, puis cousu à grands coups de points de suture (sans anesthésie). Pour le guérir de ce traumatisme, il n'y a plus qu'à l'habiller et à l'accessoiriser. Tout est possible, du chaton déguisé en motard Harley Davidson (pantalon, blouson de cuir et lunettes de soleil), à la balle de base-ball customisée en tutu rose et tongues à paillettes.
En toute subjectivité, une peluche en tutu, c'est bien plus sympa qu'une poupée moche en plastique. Et ça revient beaucoup moins cher.

vendredi 16 juillet 2010

Breaking news


C'est énorme. D'abord, j'ai cru qu'il s'agissait d'une pub, mais non. C'est un vrai papier, signé par Jose Martinez, dans le Daily News de jeudi.
Mesdames et mesdemoiselles, le soutien-gorge entre dans une nouvelle ère historique. Oui, je sais, comme ça, ça ressemble juste a un "wonderbra" de plus. Mais non. Car à la place de coussinets de rembourrage, ou de poches d'air à gonfler pour passer d'un 90 B à un 95 C, l'inventeur Paul Krasulja a placé des réservoirs. Qui peuvent accueillir "25 ounces" de liquide ( je ne sais pas combien ca fait en cl). Le modèle s'appelle d'ailleurs "Wine rack".
Donc, à toutes mes amies qui aiment le vin, si vous voulez vous balader tout en dégustant discrètement votre monthelie ou votre puligny-montrachet en pleine rue, au supermarché ou au coeur de la forêt, ce super soutien-gorge est fait pour vous. Vous pourrez siroter en toute élégance votre boisson, grâce à un petit tube relié au bonnet droit. M. Krasulja souligne par ailleurs que la pièce de lingerie est étudiée pour se dégonfler de facon uniforme, ce qui représente un avantage esthétique indéniable !... Et mine de rien, l'ensemble permet quand même de gagner deux tailles, pour la modique somme de 29,95 dollars.
Que les choses soient claires, je suis d'ores et déjà sur le coup pour récupérer la licence française.
En tant qu'ex journaliste émérite, je me dois de préciser pour terminer que M. Krasulja est spécialisé dans le cadeau idiot et déjanté. Sa compagnie, installée dans le New Jersey, s'appelle Baron Bob. Googlelisez ce nom, vous tomberez sur le site internet. Amusez-vous bien.

jeudi 15 juillet 2010

Take the A train


Quand j'étais petite, mon papa fredonnait en boucle les tubes de Nougaro. Il tapait du pied et secouait la tête en rythme quand les cuivres d'un big band invité chez Michel Drucker le samedi soir faisaient entrer un peu de Nouvelle-Orléans dans notre province bourguignonne.
Ca marque, forcément. Moi, j'ai grandi dans les années 80, mais mes idoles s'appelaient Ella Fitzgerald, Louis Armstrong, Duke Ellington et Billie Holliday. Un peu après, sont apparus dans ma vie Charlie Parker et Miles Davis, Dave Brubeck et Ray Charles ; dans ma chambre, les posters de l'Etalon noir ont cédé du terrain devant l'affiche du film de John Landis, The Blues Brothers. A un moment j'ai sérieusement inquiété mes parents, lorsque je leur ai annoncé que plus tard, je serais chanteuse de gospel dans une église baptiste aux Etats-Unis. Bref, vous saisissez l'idée. Une culture jazz-blues-gospel un peu plus developpée que celle de mes congénères du même âge, mais surtout un aimable fourre-tout musical, dont la qualite première était de me faire vibrer le corps et l'âme.

Tout ça pour vous dire que j'ai la chance inouie de pouvoir passer un mois et demi à Harlem cet été. Tous les jours depuis dimanche, je passe devant l'Apollo theater et je rêve d'avoir une machine à remonter dans le temps pour rencontrer, juste une fois, Ella, Billie ou Aretha. Tous les jours depuis dimanche, je prends le train A direction Downtown et Duke Ellington est avec moi.
Trop timide pour pousser seule les portes des clubs de jazz de Harlem, ou inquiète à l'idée de tomber dans une de ces boites formatées qui accueillent leur flot quotidien de touristes, j'ai la chance d'avoir pour guide l'ami qui m'héberge et qui, lui, est un "pur et dur". Grâce à lui, je pourrai désormais entrer sans appréhension au Lennox Lounge, "the" bar depuis 1939. Yannick Noah l'a d'ailleurs utilisé comme décor pour le clip de sa dernière chanson dédiée à Angela Davis.
Plus étonnant, je pourrai aussi frapper à la porte de l'American legion, quasimment en face de " chez moi". C'est de l'autre côte de la rue, c'est le même appartement, avec le même jardin à l'arrière, sauf qu'à la place d'une buanderie et d'une chambre, il y a un bar, quelques tables et les chaises qui vont avec. Et des musiciens, bien sûr, au milieu desquels vous êtes obligés de passer quand vous entrez. L'American legion, ce n'est pas à proprement parler un club de jazz. D'ailleurs, ses auorisations sont limitées et il ferme à minuit. Non, en fait il s'agit d'une association d'anciens combattants. Un peu comme la FNACA, finalement (spéciale dédicace à mes amis journalistes de la PQR qui ont perdu au tirage au sort et qui vont aller couvrir l'assemblée générale de la section locale ce week-end...)
Mais juste un peu. Et pendant que les patriotes francais croulent sur leurs jambes, ceux de Harlem frémissent au rythme du swing.